Enfin, l’heure de la marche !

MARCHE SUR LE FEU : épisode 8

Ca y est ! Ca fait dix-huit jours qu’ils et elles s’y préparent ! A l’instar de la déesse Pandialy (« Draupadi » dans le Mahabharata), ils ont choisi de marcher sur le feu pour se prouver quelque chose à eux-mêmes, aux autres, expier un pêcher ou faire exhausser un voeu, bref ils et elles ont fait une promesse intérieure qu’ils partageront avec une divinité protectrice (Kâli, Pandialy, Mariamen) et seulement avec elle, à l’occasion d’un instant fusionnel qui passe par le feu, ce fameux Tikkouli qu’ils ont contribué à mettre en place depuis l’aube !

Avant de traverser les braises, ils se sont astreint à 18 jours de carême, ponctués de cérémonies et de reproductions « théâtrales » des principales séquences du Mahabharata (voir albums/ épisodes précédents) ; remontant en procession du front de mer où ils viennent de prendre un ultime bain purificateur, les pénitents se présentent à l’entrée du temple, se frayent un passage au travers de la foule des amis, familles et curieux qui les attendent déjà en nombre, et sans hésitation avancent vers le carré de braises. C’est toujours au tour du prêtre de traverser le premier : s’il passe vite, c’est plutôt mauvais signe pour les autres marcheurs, mais s’il traverse lentement, posant franchement son pied dans les charbons, alors il leur inspirera la confiance, et tous les dieux du monde doivent savoir à quel point c’est important d’avoir confiance, d’avoir « la foi », dans un rituel destiné aussi à démontrer la suprématie de l’esprit sur le corps et les préoccupations matérielles !

Immédiatement après les swamis, vient le tour des trois porteurs de Karlon, puis aux porteurs de statuettes ou d’instruments cultuels (sabre, sacrificatoire, trident…).Viennent ensuite les autres pénitents, qui traverseront jusqu’à trois fois s’ils le souhaitent (mais jamais deux), plongeant leurs pieds dans le « bassin d’lait » à l’autre extrémité de la fosse et contournant toujours le brasier à main droite. Une fois ceci fait, un dernier bouc sera encore sacrifié sur les bords du brasier pour remercier les dieux d’avoir donné aux marcheurs la force et la foi.

Dans de nombreux pays et notamment en Inde, seuls les hommes sont autorisés à traverser. A La Réunion en revanche, les interprétations du Mahabharata sont différentes, de sorte que quelques femmes font généralement partie du groupe des marcheurs, mais la plupart du temps, elles perpétuent le rituel tel qu’il est pratiqué ailleurs : elles s’abstiennent donc de traverser le feu, mais en font trois fois le tour en rampant sur le sol en cortège, tenant à la main des branches de lila ou de margousier.

Dès l’épreuve du feu terminée, le prêtre prend la parole pour remercier les fidèles et tous les sympathisants du temple ayant permis l’organisation des dix-huit jours du Thimiti et des différentes cérémonies qui ponctuent celui-ci. Le lendemain, tous se rassembleront une dernière fois pour un grand repas ouvert à tous, au cours duquel seront partagés les offrandes et la viande des animaux sacrifiés. Le tout, dans une ambiance beaucoup plus… laïque !

Ce sera le dernier épisode de ce grand reportage.

Texte et photos © Brieuc Coessens

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