Ancienne usine de canne de Pierrefonds, des musées qui s’ignorent

Vous êtes déjà plus de 150 à vous être abonnés, alors même que le début de nos publications n’est pas annoncé avant début janvier 2020 ! Pour vous remercier, on vous emmène à la découverte d’un lieu insolite, haut en couleurs et chargé d’histoire : l’ancienne usine sucrière de Pierrefonds, sur la commune de Saint-Pierre ! Inscrite en totalité à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1998, elle est pourtant à l’abandon depuis qu’elle a fermé ses portes en 1970, et malgré des programmes annoncés de sauvegarde, ouverte à tous les vents et aux intempéries, elle continue de se dégrader chaque année davantage ! Marquées par le passage de graffeurs et autres street artists parmi lesquels le célèbre JACE, les ruines de l’usine demeurent un témoin précieux de l’architecture agro-industrielle historique de La Réunion. Conseillant une incursion visuelle par les murs éventrés, le renommé guide de voyage Le petit futé ose annoncer, comme s’il s’y était aventuré : « ambiance mystérieuse, fantomatique quand la lumière troue le plafond pour éclairer des moments, poétiques ou sinistres, d’un autre temps. On imagine l’usine fonctionner, les hommes se démener dans la chaleur et le bruit ». En effet, ouverte à la fin des années 1820 à la faveur de l’arrivée du canal Saint-Etienne en 1827, permettant de cultiver des terres restées jusque-là arides et connues sous le nom de « savane de Saint-Pierre », l’usine employa au plus fort de son activité jusqu’à 500 travailleurs engagés. Pour rappel, l’engagisme supplanta l’esclavage sur base volontaire à partir de 1848, mais contrat de travail, liberté d’aller et rémunération ne doivent pas faire oublier que les conditions de travail étaient sensiblement les mêmes ! Alors, quand on pénètre « clandestinement » dans ce lieu, entre aventure urbaine et archéologie industrielle, impossible de ne pas avoir une pensée pour les milliers de travailleurs qui y ont versé leur sueur et pour les dizaines, qui sans doute, y ont laissé leur vie ou leur santé ! Paradoxe des époques, tandis que les bâtiments ne cessent de se dégrader, leurs murs et les structures industrielles délabrées servent de toile géante à l’expression d’artistes, imprimant l’atmosphère d’un certain mysticisme, aux figures angoissantes autant que décalées, tandis qu’à de nombreux endroits c’est la nature qui fait ses œuvres, reprenant possession d’un site qu’on a classé comme pour mieux le laisser mourir… Attention : accès interdit, site contaminé, nombreux risques de chutes profondes ou d’effondrements divers !

Texte et photographies © Brieuc Coessens

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