Bains rituels à la mer

MARCHE SUR LE FEU, épisode 6 !

Ils et elles viennent de s’astreindre à 18 jours de carême, de prières, de cérémonies. A cet instant en ce milieu d’après-midi, la plupart n’ont pas dormi depuis 24 heures, ayant pris part la veille au soir au « Tire-valsé » puis aux cérémonies du « Mariage bondieu » jusque très tard dans la nuit, encore dès l’aube à celles du « Tâvsi mâram », de l’allumage du Tikkouli, du « Nargoulan » et des sacrifices rituels à Kâli et Alvan. Une fois les sacrifices terminés, ils ont chargés les principales divinités à l’oeuvre au cours du Timithi – Mariamen, Kâli, Pandialy – à bord d’un char richement décoré et, tirant celui-ci, se sont rendus sur les rives de l’océan lors d’une procession ostentatoire dans les rues de la ville.

Ostentatoire, car lorsqu’ils se déplacent de la sorte, les Malbars sont en général non seulement particulièrement visibles grâce aux couleurs vives de leurs habits de cérémonies, mais aussi audibles grâce à l’accompagnement des tambours sacrés, qui rythment chaque instant rituel. Ostentatoire, et c’est précisément le but ; en effet, tandis que les pénitents se rendent à la mer en vue d’y prendre un ultime bain de purification avant de marcher sur le feu, la procession vise à « amener » le culte chez ceux qui ne peuvent y prendre part : malades, vieillards, handicapés moteur… A l’occasion, des offrandes sont encore recueillies.

Dans la croyance hindouiste, l’eau joue un rôle essentiel de purification par son pouvoir sacré, c’est pourquoi chaque marcheur s’y plongera corps et âme avant de traverser le feu. Les offrandes (fruits, « marlés » = colliers de fleurs, …), elles, seront posés sur les flots, qui feront leur oeuvre devant l’Eternel sans que les fidèles ne s’en soucient plus guère, pourvu seulement que leur voeu se réalise.

Car c’est là tout le sens de la marche : prouver sa foi, sa probité, sa fidélité, sa chasteté, ou toute autre valeur mise en doute aux dieux ou à soi-même, devenir meilleur, voir un souhait se réaliser… Chacun aura sa motivation personnelle, secrète, intérieure ; elle n’a pas besoin d’être révélée. Selon la nature de leur voeu/ promesse, certains l’adresseront à Kâli, d’autres à Mariamen, ou à Pandialy. Et c’est là la signification des couleurs : tout dépend de la divinité vers laquelle le pénitent se tourne, chacune ayant une fonction, attribution qui lui est propre : le rouge pour Kâli (propsérité), le blanc pour Mariamen (santé), le jaune pour Pandialy (longévité, confiance).
Eléments remarquables à l’occasion de cette procession : de hautes couronnes de fleurs coniques, portées à bouts de bras sur la tête de quelques fidèles. Il s’agit des KARLONS qui, en plus des statues, représentent également les divinités. Lesquelles ? Regardez les couleurs ! 

Texte et photos © Brieuc Coessens

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