Le temps des sacrifices

EPISODE 5 de notre grand reportage consacré au rituel de la MARCHE SUR LE FEU : du sang pour Kâli ! Attention : plusieurs images de cet album sont susceptibles de heurter la sensibilité de certaines personnes.

Pour comprendre les sacrifices animaux dans le contexte des 18 jours du Timithi et leur rapport avec la marche sur le feu, il faut une fois encore revenir à l’un des deux grands livres fondateurs de l’hindouisme : le Mahabarata. Pour rappel, ce livre raconte l’épopée guerrière qui oppose durant 18 jours les clans Pandavas et Kauravas. Dans ce conflit, on a déjà parlé d’Arjuna, l’un des 5 frères Panadavas, qui épousera la déesse Draupadi (Pandialy) en même temps que chacun de ses frères, lesquels finissant par l’emporter lors la bataille de Kurushestra, au cours de laquelle Arjuna fut amené à grimper le mont Kailash, comme le rappelle la cérémonie du Tâvsi.

Après la montée du Tâvsi et la cérémonie du Nargoulan – voir épisode 4 – c’est au tour d’ALVAN et KALI d’entrer en scène. Et le moins que l’on puisse dire, sans aucune ironie, c’est que quand Kâli sort, généralement, il y a du sang qui coule pas loin ! En effet, Sri Maha Kâli, la déesse du temps, ne se manifeste qu’à travers le sang versé lors d’un sacrifice de décapitation. Pour les Hindous, elle siège en tout être vivant, et notre sang – ou celui des animaux, donc – lui permet de s’exprimer. Symbole de bonheur, de prospérité, de splendeur, de joie ou de vie, la couleur rouge est dès lors celle qui représente exclusivement la déesse Kâli ! 

Pour autant, pas de panique lorsque Kâli est de sortie ! D’une part, parce que seul celui qui sacrifie peut l’apercevoir ; de l’autre, parce que l’acte sacrificiel en lui-même n’est pas un acte gratuit, que du contraire : la décapitation consiste à faire sortir la déesse de l’intérieur pour la faire jaillir à l’extérieur, et faire ainsi retourner le sang à la terre via un Kabârlam (un petite fosse creusée dans le sol) qui sera purifiée et nettoyée ensuite.

Alors, pourquoi des sacrifices dans le contexte des marches sur le feu ? Pour le comprendre, il faut une fois encore revenir aux origines de l’hindouisme – le Mahabarata – et se tourner vers un nouveau venu : le personnage d’ALVAN, fils d’Arjuna. Il existe plusieurs versions du rôle d’ALVAN dans l’épopée – comme souvent, les interprétations peuvent être très différentes selon que l’on soit en Inde ou à La Réunion : ainsi, au Tamil Nadu, le personnage d’Alvan meurt le 18ème jour de la guerre. Mais pour les Tamouls de La Réunion, Alvan fait littéralement le sacrifice de son corps, morceaux par morceaux, chaque jour du conflit, jusqu’à la victoire de son clan, les Pandavas.

Ainsi, on raconte qu’au premier jour de la guerre Alvan se retrouva encerclé sur le champ de bataille, et que pour s’en sortir, il arracha la peau de ses bras et les offrit à Kali, qui se rangea du côté des Pandavas. Au cours des 18 jours suivants, pour continuer d’assouvir Kâli toujours assoiffée de sang, il découpa son corps en morceaux pour les lui offrir un par un. Le dernier jour, il prit la forme de « Vishwaroopa » et avec sa tête comme une grosse pierre, il roula sur les forces ennemies et tua des millions de guerriers, consacrant la victoire des Pandavas et mettant fin à la guerre.

C’est pourquoi les fidèles de certains temples pratiquent des sacrifices rituels en l’honneur de Kâli, et même ici en l’honneur d’Alvan, chacun trônant sur un autel spécifique. Il est à noter que, dans le cas présent, c’est Alvan qui est aux premières loges, la statue de Kâli demeurant quelque peu à l’écart, prête à être portée en procession dans les rues de Terre Sainte et jusqu’à la mer (bain rituel de purification). Alvan, qu’on reconnaît facilement dans les cérémonies, car seule sa tête coupée couleur sang est représentée.

Au-delà du geste, qu’adviendra-t-il des animaux sacrifiés ? Vous l’apprendrez dans le 9ème et dernier épisode de ce grand reportage !

Texte et photos © Brieuc Coessens

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