L’utime préparation du « tikkouli »

Episode 7 de notre grand reportage consacré aux marches sur le feu : l’ultime préparation du Tikkouli – le carré de braises – dans les derniers instants qui précèdent la marche !

Tandis que les pénitents ont déjà réalisé leur bain rituel de purification dans l’océan et remontent en procession en direction du temple, les swamis se pressent à préparer un tapis de braises uniforme, le Tikkouli, à l’aide de râteaux et de perches de bambou. Certains s’étonneront de n’y voir a priori que de la cendre, mais détrompez-vous, il s’agit bien de charbons ardents, c’est particulièrement visible lors des marches de juillet, en hiver donc, qui ont lieu lorsque la nuit est déjà tombée. Si cela rend le rituel d’autant plus spectaculaire, il est toutefois important de rappeler que celui-ci n’est en rien un « spectacle » touristique, bien que les Malbars soient particulièrement accueillants et ne chasseront personne. A condition de respecter quelques règles élémentaires de respect et de tolérance.

La toute première règle est de se déchausser dès l’entrée du temple. Cette pratique qui a lieu dans l’ensemble des mondes hindouiste et bouddhiste a pour but de permettre à celui qui le foule de s’imprégner des énergies divines qui se diffusent par le sol de l’enceinte sacrée. Par ailleurs, elle permet de ne pas « souiller » celui-ci ; c’est la raison pour laquelle les prêtres se lavent souvent les pieds entre les « pujas ». Dans l’Islam également, il vous sera demandé de procéder à des ablutions (lavements) dans la cour de la mosquée avant d’y pénétrer, pieds nus, là encore.

La seconde règle consiste à conserver une certaine humilité et de « rester à sa place » : car à moins d’y être invité, vous ne serez pas libre d’aller et venir « comme chez vous » dans l’enceinte du temple, mais aurez le privilège d’y être un hôte ! A vos côtés, vous serez entouré d’une foule de fidèles, plus ou moins pratiquants, souvent venus pour soutenir un de leurs proches. Pour les marcheurs qui s’y préparent depuis trois semaines voire parfois bien plus longtemps, s’astreignant un carême strict et une discipline de fer, s’infligeant parfois des douleurs corporelles en offrandes à la divinité qu’ils ont choisi d’honorer, comme pour leurs familles, la marche sur le feu constitue un événement d’une grande importance personnelle et spirituelle. Il est donc normal que ce soit les familles, proches, amis et sympathisants du temple qui soient aux premières loges, au plus près du Tikkouli, bref, devant, et ce sera très souvent devant vous ! Inutile de vous présenter au temple avant l’ouverture des grilles donc, ni de jouer des coudes pour vous faire une place qui ne serait pas la vôtre. De même, ne cherchez pas à pénétrer dans le Tikkouli (souvent clôturé, d’ailleurs) car il vous faudra pour cela avoir respecté un carême de trois jours (abstinence sexuelle, ni viande ni boissons alcoolisées) au risque que votre présence ne nuise aux voeux des marcheurs.

Alors que les grilles du temple demeurent encore fermées, des offrandes vont être disposées aux quatre points cardinaux du Tikkouli, ainsi que des branches de lila, qui ont la particularité d’absorber les mantras. Les charbons seront plusieurs fois bénis par les prêtres à l’aide d’eau de mer projetée par des rameaux de lila, – à laquelle on ajoute parfois la « pissa-bef », l’urine d’une vache. Pour les Hindous, l’eau de mer est considérée comme naturellement pure tandis que la vache – seul animal de la création capable de permettre à un humain nouveau-né orphelin de survivre grâce à son lait – est, elle, vénérée comme un animal hautement sacré, et son urine l’est tout autant. En Inde, il en existe même toute une industrie pharmaceutique, la « cowpathy » !

Enfin, des pétales de fleurs jaunes sont parsemés tout autour du Tikkouli, à l’extrémité duquel on remplit d’eau et de lait une petite fosse destinée à soulager les pieds des marcheurs : le « bain d’lait ».

Ce faisant, le public est de plus en plus nombreux à l’entrée du temple. Des membres des familles ou des sympathisants se faufilent entre les grilles, et l’on entend au loin le martèlement des tambours sacrés qui se rapproche, de plus en plus distinctement. Les grilles s’ouvrent, le public s’agglutine au plus près du Tikkouli, la tension monte soudainement d’un cran ! C’est alors que se profile au bout de l’allée la masse compacte des pénitents groupés autour du char qui porte les divinités. D’ici quelques instants, ils traverseront le brasier !

Texte et photos © Brieuc Coessens

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