YÂGAM, l’allumage du feu sacrificiel

MARCHE SUR LE FEU, EPISODE 3

A l’aube du dernier des 18 jours que dure le rituel de la marche sur le feu (Timithi Festival dans le Tamil Nadu en Inde), les Hindous rejouent l’un des passages clés du Mâhabharata (appelé Barldon à La Réunion) : la montée du Tavsi, un mât fleuri de 18 marches dressé en direction du ciel. Cette symbolique montée du Tavsi représente l’ascension d’Arjuna sur le mont Kalaish afin de récupérer l’arc Gangiva qui lui a été offert par le dieu Shiva, ainsi que deux carquois qui fourniraient un nombre inépuisable de flèches. Résistant à tout dommage et parfaitement orné, le Gandiva représente la confiance en soi du porteur, et équivaut à la puissance de cent mille autres réunis. Ce rituel est l’Arjouna-Tavsi, appelée aussi le Tavsi Maram. Nous n’avons malheureusement pas d’images de celui-ci.

Après la montée du Tavsi, le swami et ses vicaires procèdent solennellement à l’allumage du feu, une fois encore dans un rituel très codifié. Avec son sabre, le prêtre commence par tracer sur le sol du Tikkouli le « saklon » d’une divinité qu’il invoque secrètement. En effet, dans les cérémonies hindouistes, il arrive fréquemment qu’un certain nombre de rites effectués par les swamis ne soient pas rendus publics, fidèles compris. Ils sont dès lors effectués en silence, voire même cachés de l’assistance par un rideau. Quant au saklon, il s’agit d’une représentation symbolique du « nombril » de chaque divinité, généralement semblable à une étoile de David, que l’on trouve gravé sur des plaques de cuivre ou des bracelets sacrés qui s’en retrouvent chargés de nombreux pouvoirs divins. Le Tikkouli, lui, désigne le rectangle sur lequel seront étalées les braises de la marche du soir.

Ensuite, le saklon est matérialisé par des fils reliant chaque extrémité de celui-ci, des offrandes sont déposées en son centre tandis que le feu rituel conservé auprès de la statue de Pandialé est sorti de son alcôve en même temps que la déesse. Le buste de celle-ci est posé sur un autel dédié à l’entrée du temple, face au Tikkouli, puis la flamme de Pandialé est amenée sur un plateau au centre du saklon afin d’allumer le bûcher. La suite de la séquence devient alors plus collective : fidèles et marcheurs se succèdent pour entasser des bûches de taille imposante en une pyramide de près de deux mètres de haut. Le temps d’un ultime abishegam et les flammes s’élèvent déjà dans le ciel ! S’en suivront les cérémonies du Nargoulan, quelques sacrifices d’animaux, le bain rituel des pénitents, puis une longue procession durant laquelle le tikkouli sera méticuleusement préparé par les prêtres en attendant le retour des marcheurs, désormais fin prêts pour traverser ce feu.

Texte et photos © Brieuc Coessens

Partager sur :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Contenu protégé ! © Zembrocal Mag/ Brieuc Coessens